Où en est le dossier ’éoliennes à Neufchâteau’ ?

Interview d’Olivier Jadoul, échevin Ecolo à Neufchâteau

Cela fait plusieurs mois que l’on parle de l’éolien à Neufchâteau, la locale Ecolo a voulu faire le point sur l’état d’avancement du dossier. Bien que ce domaine ne soit pas dans ses attributions, nous avons interrogé notre échevin Ecolo Olivier Jadoul afin de connaître la position des uns et des autres.

Publié le mercredi 29 juin 2011
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Olivier, peux-tu situer historiquement la problématique de l’éolien dans notre région ?

Jusqu’en 2009, une grande partie de la province de Luxembourg est interdite à l’implantation d’éoliennes (zone de survol à basse altitude pour la Force aérienne). Cette année-là, plusieurs communes du Sud Luxembourg sont "libérées" : les promoteurs privés se pressent à Habay pour y développer des projets. Au fil du temps et des négociations entre promoteurs privés, commune et citoyens, un arrangement prend forme entre la société Electrabel, flanquée de la société Ecopex et les interlocuteurs publics et citoyens, autour d’une répartition 50/50 des éoliennes : 50% pour Electrabel-Ecopex, 25% pour la commune, 25% pour les citoyens (qui se réunissent et fondent la coopérative Lucéole). L’autre société en concurrence, Electrawinds, ne renonce pas et poursuit le montage de son projet. L’ensemble des projets concernent une vingtaine d’éoliennes : toutes ne seront évidemment pas construites.

Et dans notre commune ?

Une zone est "libérée" au centre de la commune, entre Semel et Tournay. Pourquoi ? Comment ? Nul ne sait. Les soupçons vont d’ailleurs bon train : qui a fait pression ? au profit de qui ?

Cette zone est investie par la société Gestamp, qui approche la commune pour avoir son soutien. La commune refuse. Les raisons invoquées :
- non-transparence du processus de libération de cette zone
- zone pas idéale, avec impact paysager négatif (ce qui reste à prouver par l’étude d’incidence en cours)
- présence d’une zone beaucoup plus intéressante à proximité (Molinfaing, mais en zone interdite).
Gestamp souhaite implanter 7 éoliennes à Semel.

Si le projet n’intéresse pas la commune, il intéresse par contre les citoyens, qui fondent, à l’instar de Lucéole, la coopérative Tchestéole. Cette coopérative est actuellement en négociation avec Gestamp pour arriver à donner une dimension citoyenne au projet.

Le site de Molinfaing est actuellement en zone ‘interdite’, pourquoi la commune veut-elle persévérer ?

Malgré que la zone soit interdite, deux sociétés sont occupées à investir dans le coin de Molinfaing. Les conditions y semblent en effet très favorables : beaucoup de vent, impact paysager diminué par la présence de l’autoroute et du zoning Ardenne-Logistics, facilités de raccordement, etc. Il s’agit des mêmes sociétés qu’à Habay : Electrabel et Electrawinds. "Investir" veut dire : prendre contact avec des propriétaires fonciers et leur faire signer des contrats de location de terres. Noter que la commune de Neufchâteau dispose de plusieurs terrains intéressants - si pas incontournables - dans le coin (et qu’aucun contrat les concernant n’a à ce jour été signé). En réalité, Electrabel et Electrawinds semblent beaucoup plus intéressés par Molinfaing que par Habay, malgré que ce premier site soit toujours en zone interdite. Cette réserve ne semble pas les gêner, comme s’il n’y avait qu’une formalité à remplir pour en être débarrassé. Nous ne connaissons évidemment pas la force de persuasion de telles sociétés...

Parallèlement à ces tractations tous azimuts, la Province de Luxembourg a créé le Gapper (Groupement des Acteurs provinciaux de Planification des Energies renouvelables). Neufchâteau y adhère en 2010. Objectif du Gapper : mettre de l’ordre dans l’anarchie des projets éoliens qui se développent un peu partout. Objectif second, du moins tel que la commune de Neufchâteau l’entend : faire pression sur les décideurs en haut lieu pour "libérer" toute la zone encore sous interdiction. Le Gapper reste cependant un acteur assez inexistant dans le paysage éolien luxembourgeois, si ce n’est qu’il fait réaliser une étude globale des sites éoliens intéressants dans la province. Dans ses conclusions, Neufchâteau se taille la part du lion : sur 71 sites potentiels, Molinfaing se révèle comme le 1er choix, et Semel comme le 3e. Le site d’Habay, quant à lui, n’apparaît qu’en 6e position.

Ajouter au désavantage d’Habay que des études portant sur l’avifaune obligent à réduire les prétentions des investisseurs : on passe d’une vingtaine d’éoliennes à 4 ou 5 possibles.

Par ailleurs, le fait qu’il y ait deux projets concurrents sur Molinfaing et deux projets concurrents sur Habay incitent les communes à se concerter. Le risque est en effet que ces projets se sabordent mutuellement et empêchent en fin de compte la réalisation d’un parc éolien sur les communes. Avec l’appui d’Idelux, de Sofilux (intercommunale financière) et avec l’aide du bureau-conseil Nerxio, les communes mettent en place une stratégie pour forcer les promoteurs concurrents à s’entendre, à l’avantage de tous. Cette stratégie semble porter ses fruits : les promoteurs privés ont en effet décidé de se rapprocher. A terme, on devrait arriver à l’élaboration d’un seul projet sur Molinfaing et d’un seul projet sur Habay.

Le problème, et c’est là que doit dorénavant porter toute la négociation des interlocuteurs publics et citoyens, c’est que cette entente risque de se faire au détriment de ces derniers. En gros, là où séparément chaque promoteur promettait une répartition 50/50 au public et citoyen, s’il doit à présent partager le gâteau avec son concurrent, il est fort à craindre que cette répartition soit revue au détriment de quelqu’un. On a dit par ailleurs que les projets sur Habay se sont réduits comme peau de chagrin, ce qui rend cette répartition encore plus aiguë et douloureuse.

Merci Olivier pour ces précisions.

Le point de vue d’Ecolo :

Œuvrer à la mise en place d’un éolien public et citoyen dans notre région est évidemment une bonne chose. En ce qui concerne les sites de Molinfaing et de Habay, Ecolo approuve l’attitude constructive de nos deux communes qui souhaitent aller dans ce sens.

Par ailleurs, on ne peut que se féliciter de voir les communes dépasser les intérêts de clocher pour travailler ensemble, élaborer une stratégie commune et obliger les promoteurs privés à revoir leurs exigences et à sortir de leur logique de concurrence. Le travail réalisé en ce sens par la majorité en place, et en particulier par Olivier Jadoul, notre échevin Ecolo, est appréciable. Les avancées ont été décisives.

Du travail reste bien entendu à faire, et une vigilance à maintenir. Que prendra la forme définitive des arrangements en cours de négociation ? Vaut-il mieux créer une société unique avec des parts privées, publiques et citoyennes, ou des sociétés séparées possédant leurs propres éoliennes ? Combien d’éoliennes peut-on espérer financer, et comment ? Tout cela est encore à discuter, mais il semble que la piste empruntée soit la bonne.

Par contre, s’il se réjouit de la création et de l’implication de la coopérative citoyenne Tchestéole dans le projet de Semel, Ecolo regrette l’attitude négative de la commune de Neufchâteau dans ce dossier. Les arguments avancés pour justifier ce blocage semblent peu convaincants. Faire le procès des potentialités de ce site avant la conclusion de l’enquête d’incidence nous apparaît comme prématuré et non fondé. Ecolo estime à l’inverse qu’il n’est pas inconciliable de soutenir la construction d’un projet et souhaiter y participer en tant qu’acteur public, quitte à devoir, dans un second temps et si des conclusions objectives l’imposent, y mettre un terme s’il s’avère irréalisable.

Le projet de Semel a l’avantage d’exister. La zone est autorisée pour l’implantation d’éoliennes, contrairement à celle de Molinfaing. Faut-il sacrifier un projet qui a des chances d’aboutir au bénéfice d’un autre purement virtuel ? Nous ne pensons pas que ce soit judicieux. Par ailleurs, soutenir le projet de Semel ne signifie pas pour autant pénaliser celui de Molinfaing : il y a suffisamment de place, dans notre commune, pour deux sites éoliens. A l’heure où l’accroissement des besoins en énergies renouvelables et la sortie du nucléaire se dessinent inéluctablement, il serait incompréhensible qu’une région à haut potentiel éolien comme la nôtre (voir étude Gapper : http://www.leseoliennes.be/politique/gapperlux.htm) soit négligée de la sorte. Ce point de vue semble aussi être celui de la coopérative citoyenne Tchestéole.

C’est pourquoi Ecolo encourage la commune de Neufchâteau à poursuivre, avec la commune d’ Habay, la démarche constructive qui est la leur pour l’aboutissement des projets éoliens de Molinfaing et Habay, et incite instamment nos élus locaux à revoir leur position vis-à-vis du projet de Semel, dans lequel une participation publique, à côté de la participation citoyenne qui s’y dessine, est vivement souhaitable.

30/06/2011 : Suite à la publication de notre article, voici quelques précisions apportées par « Tchestéole » :

La coopérative Tchestéole est en voie de création.
La coopérative a pour objet :

• Impliquer les citoyens dans le développement des énergies renouvelables, en particulier de l’éolien, de manière à assurer une gestion, une exploitation et un contrôle citoyens sur la production et la fourniture d’énergie.
• Réaliser des investissements durables dans le domaine des énergies renouvelables.
• Promouvoir auprès de ses associés et du grand public une utilisation rationnelle et responsable de l’énergie et une orientation vers un système énergétique où la consommation d’énergie est réduite, grâce à l’application des principes de sobriété et d’efficacité et couverte par une production basée sur, les énergies d’origine renouvelable.
• Appuyer ses associés pour réaliser des choix énergétiques liés à la mise en œuvre des solutions individuelles de production et de consommation durables d’énergies.
• Tchestéole cherche plutôt à favoriser la participation citoyenne dans des projets locaux, démocratiques et éducatifs. Tchestéole veut favoriser le développement économique local par la création d’emploi dans le développement durable.

La coopérative Tchestéole se veut totalement indépendante de tous courants politiques et ne peux exister que grâce aux citoyens.

Email de contact : tchesteole@gmail.com